APRÈS LE DÉCÈS DE 10 SOLDATS

Le temps du deuil maintenant, le débat sur l'Afghanistan plus tard

21/08/2008

Un hommage aux dix soldats français tués en Afghanistan était organisé ce jeudi aux Invalides à Paris, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy. De nombreuses questions restent tout de même posées.
Contrairement à ses promesses électorales, Nicolas Sarkozy a fait le choix de renforcer le contingent des soldats français en Afghanistan. Photo : EFE

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Contrairement à ses promesses électorales, Nicolas Sarkozy a fait le choix de renforcer le contingent des soldats français en Afghanistan. Photo : EFE

Une cérémonie religieuse a eu lieu jeudi à 11h30 en l'église Saint-Louis des Invalides, avec un éloge funèbre prononcé par le chef de l'Etat, de retour d'Afghanistan.

Il s'est entretenu en privé avec les familles des soldats tués, parmi lesquels figurent deux militaires originaires d'Outre-mer (Réunion et Nouvelle-Calédonie).

Les trois régiments d'origine des victimes ont reçu mardi et mercredi la visite du secrétaire d'Etat chargé de la Défense Jean-Marie Bockel.

Au total, 24 soldats français ont été tués en Afghanistan depuis l'engagement des forces françaises dans le pays, d'après le ministère de la Défense.

L'ancien président Jacques Chirac a écrit aux familles des soldats tués en Afghanistan "pour s'associer à leur douleur et leur faire part de ses plus sincères condoléances".

Déclaration de Nicolas Sarkozy avant la cérémonie

"La France assume ses responsabilités. Elle défend la liberté du monde en Afghanistan'', a réaffirmé Nicolas Sarkozy pendant le Conseil des Ministres.

"Tous les défenseurs de droits de l'Homme devraient se retrouver dans cet engagement'' en Afghanistan, a ajouté le président français. "Nous sommes là-bas pour défendre la liberté et la lutte contre le terrorisme''.

Avant de lancer aux journalistes qui l'interrogeaient sur d'éventuels tirs amis dont auraient été victimes les soldats français en Afghanistan : "Vous n'avez pas honte ?".

"C'est parce que les attaques des talibans étaient de plus en plus nombreuses que le Président de la République avait décidé de renforcer notre présence il y a quelques mois'', a rappelé de son côté le ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner.

Le ministre de la Défense auditionné mardi par la commission Défense de l'Assemblée nationale sur la situation en Afghanistan

La commission de la Défense de l'Assemblée nationale auditionnera en début de semaine le ministre Hervé Morin, a précisé Lionel Royer-Perreaut, directeur de cabinet de Guy Tessier, président de la commission.

Par ailleurs, une mission d'évaluation de la situation en Afghanistan devrait être confiée aux députés Pierre Lellouche (UMP) et François Lamy (PS). La mission, dont le principe était déjà évoqué au début de l'été, devra être officiellement créée après la rentrée parlementaire fin septembre, a expliqué M. Royer-Perreaut

Hervé Morin, le ministre de la Défense, sera donc interrogé mardi afin de déterminer si des frappes aériennes de l'Otan visant à permettre aux Français de s'extraire du guet-apens ont parfois raté leur cible et "touché des soldats français".

"Nous n'avons aucun élément d'information de la sorte", a-t-il indiqué pour l'instant.

Alors que des familles de victimes ont dénoncé l'envoi de jeunes de moins de 20 ans dans des opérations aussi dangereuses en Afghanistan, le ministre de la Défense a expliqué qu'"une armée professionnelle est une armée forcément de jeunes". "Ils ont eu toute la formation nécessaire pour cela", a-t-il ajouté.

Les critiques devront attendre

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait affirmé qu'il entendait, s'il était élu, retirer les troupes présentes en Afghanistan, retrait déjà entamé à l'époque avec le départ des forces spéciales. Il avait alors jugé que leur "présence à long terme" dans ce pays n'était "pas décisive".

Quelques mois plus tard, le chef de l'Etat opérait un spectaculaire revirement, en annonçant l'envoi d'un bataillon (700 hommes) supplémentaire, à la demande insistante des Alliés et en particulier des Etats-Unis.

Après la mort de dix militaires français, le Parti socialiste, notamment par la voix de son premier secrétaire François Hollande, a demandé à l'exécutif de s'expliquer sur l'intervention des forces françaises en Afghanistan.

"Je demande à François Hollande de respecter le temps du deuil", a sèchement répondu mercredi après-midi le Premier ministre François Fillon aux critiques émises par l'opposition sur l'intervention française en Afghanistan.

François Hollande avait fait part de son "étonnement" après ces propos du Premier ministre. "Les réactions de l'opposition après la tragédie ont été particulièrement dignes et ont marqué la solidarité à l'égard de nos soldats tués", souligne le Premier secrétaire du Parti socialiste dans un communiqué.

"Nous respectons profondément le temps du deuil, mais il est de notre devoir d'évoquer le temps qui va venir de l'évaluation, de la réflexion sur l'engagement de nos forces en Afghanistan", avait-il ajouté.

Les Français désapprouvaient également à plus de 70% le renforcement du contingent français, selon des sondages.

Dans les rangs même de l'UMP, le député Pierre Lellouche a prôné "une remise à plat de la stratégie de l'Otan", qui "est en train d'échouer".

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