1.200 PERSONNES À SON ENTERREMENT

Un journaliste abattu "au bout de la nuit", là-bas, en Ingouchie

01/09/2008

Plus d'un millier de personnes en colère ont manifesté lundi en Ingouchie (Caucase) à l'occasion des funérailles du journaliste Magomed Ievloïev, abattu "involontairement" d'une balle dans la tête par la police.

L'Ingouchie est la plus petite des républiques du Caucase-Nord. Mitoyenne de la Tchétchénie alors que les deux peuples sont très proches, par la langue notamment, elle a accueilli des dizaines de milliers de réfugiés du conflit tchétchène. Même si son gouvernement est aujourd'hui contrôlé par des anciens dignitaires du KGB.

Magomed Evloïev, propriétaire du site internet www.ingushetia.ru, était considéré comme l'un des opposants les plus actifs en Ingouchie, une région russe dont les autorités sont souvent accusées d'étouffer les discours dissidents et de nier le principe de liberté d'expression.

Au moins 1.200 personnes assistaient ce lundi aux funérailles du journaliste près de Nazran, brandissant des pancartes réclamant la démission du président de la république d'Ingouchie Mourat Ziazikov, un ancien du KGB, ainsi qu'une enquête impartiale sur la mort de Magomed Ievloïev.

Fondateur d'un site web d'informations indépendantes et détracteur du gouvernement, Magomed Evloïev rentrait de Moscou en Ingouchie en avion, dimanche. Des policiers ont "interpellé Evloïev à sa descente de l'avion", puis l'ont poussé dans une voiture, a expliqué l'opposant ingouche, Magomed Khazbiev, à la radio Echo de Moscou.

Quelques heures plus tard, Magomed Evloïev était retrouvé par les siens gisant dans un fossé au bord de la route, une balle dans la tête.

Selon l'agence russe Interfax, le procureur régional Iouri Tourygine a expliqué qu'il s'agissait d'un "accident", au cours d'une bagarre avec un policier alors que le journaliste essayait de lui prendre son arme. "En cours de route, un coup involontaire est parti du pistolet d'un policier et la balle a atteint la tempe d'Evloïev", explique la police. Une enquête criminelle pour "meurtre par imprudence" a été ouverte.

Une version rejetée par les collègues du défunt et les militants des droits de l'homme. Selon le militant Magomed Moutsolgov, il a été tué "délibérement et cyniquement" par les autorités ingouches à cause des informations sur son site, ingushetiya.ru, qui faisait régulièrement état de violations des droits de l'homme, enlèvements et assassinats dans cette république du Caucase-Nord.

Kaloi Akhilgov, l'avocat du journaliste, a déclaré à Interfax qu'il avait été abattu d'une balle tirée à bout portant.

Le décès du journaliste, dernier épisode d'une série d'intimidations

Seul portail d’informations en langue ingouche, Ingushetya.ru est très populaire en Ingouchie, notamment auprès des jeunes fréquentant les cafés internet de la grande ville ingouche, Nazran.

En octobre 2007, Magomed Evloïev avait accusé sur son site Internet le président Murat Zyazikov d'avoir engagé des tueurs à gage pour l'éliminer. Sa famille avait également reçu des menaces de responsables politiques en Ingouchie.

En novembre 2008, le site ingushetya.ru avait été piraté et redirigé vers un site pornographique en anglais : hébergé sur une autre adresse par son créateur, il ne retrouvait finalement son adresse Inbternet originale qu'en juin 2008.

Par ailleurs, Zurab Tsechoyev, le rédacteur en chef du site Internet Mashr de défense des droits de l’homme, a également été l’objet d’intimidations de la part des autorités. Fin juillet, il a été enlevé par une cinquantaine d’hommes armés et cagoulés qui l’ont interrogé pendant cinq heures concernant la publication sur Ingushetiya, de noms d’agents du FSB (services secrets russes, ex-KGB) qui seraient responsables d’une série d’exactions en Ingouchie.

Un assassinant dénoncé notamment par Reporters Sans Frontières

"Nous sommes profondément scandalisées par la mort de Magomed Yevloyev, un journaliste qui a, à maintes reprises, démontré son courage et sa détermination à donner des informations indépendantes en Ingouchie malgré les pressions et les menaces qui pesaient sur lui et sa famille. Sa mort ne doit pas restée impunie. Il est indispensable que la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, exige de savoir ce qui s’est réellement passé et qui est responsable de la mort du journaliste. Les explications des autorités ingouches ne tiennent pas debout", a déclaré Reporters sans frontières.

En août 2008, la rédactrice en chef du site ingushetya.ru, Rosa Malsagova, avait quitté la Russie, où elle se sentait en danger, pour demander l'asile politique en Europe.

Plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse décrivent la Russie comme l'un des pays les plus dangereux pour exercer le métier de journaliste.

En octobre 2006, la communauté internationale s'était émue de l'assassinat d'Anna Politovskaïa, une journaliste russe réputée pour son opposition farouche à la politique de l'ancien président et actuel Premier ministre, Vladimir Poutine.

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