21/07/2008
La réforme des institutions entre dans sa dernière ligne droite, avant un vote du congrès lundi qui s'annonce périlleux pour Nicolas Sarkozy. Parce que chaque voix comptera, le chef de l'Etat a reçu mardi les députés UMP pour resserrer les rangs.
La majorité des trois-cinquièmes des suffrages exprimés y sera requise pour valider la réforme des institutions. Or, si l'écrasante majorité des députés UMP et Nouveau centre ont confirmé leur vote positif, le PS votera contre la réforme. Du coup, l'issue du scrutin devrait se jouer à une poignée de voix près.
Le chef de l'Etat a donc exhorté les parlementaires UMP, dont une dizaine restent réticents, à voter le texte.
Les députés et sénateurs socialistes voteront "contre", quelles que soient les concessions de dernière minute faites par Nicolas Sarkozy, a affirmé le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault. . "S'il y avait une volonté de saisir la main que nous avions tendue, il fallait le faire plus tôt", a-t-il lâché.
Les différentes positions politiques sur ce dossier
Le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, Jean-François Copé, a appelé vendredi chaque parlementaire UMP à "prendre ses responsabilités" avant le vote du Congrès. "Tous les comptages que nous faisons montrent que ça va se jouer à très, très, très peu", a-t-il indiqué. "Le week-end, jusqu'à lundi, nous allons le passer à nous téléphoner", parce que "pas une voix ne doit manquer", a-t-il conclu.
Ségolène Royal estime que si la réforme des institutions n'est pas adoptée lors du congrès de Versailles qui s'ouvre lundi, on ne pourra pas parler d'une victoire du PS, mais d'un "échec du pouvoir en place qui a cru pouvoir acheter des parlementaires ou faire pression sur eux pour faire adopter un texte médiocre". Elle souligne aussi qu'"il ne serait pas moral de donner quitus à un gouvernement qui, tous les jours, donne de mauvais exemples de gestion des affaires publiques".
Le président du Mouvement Démocrate François Bayrou a annoncé jeudi qu'il ne voterait pas la réforme des institutions lors du Congrès qui se réunit lundi à Versailles, la qualifiant de "faux-semblant". Le député des Pyrénées-Atlantiques a dénoncé "l'ambiance de marchandage" entretenue par le président de la République qui va "jusqu'à négocier lui-même pour obtenir quelques voix, des nominations, l'arrangement d'affaires, ou bien le fait qu'on pourra faire un groupe parlementaire avec 10 ou 12 ou 15 députés".
Le sulfureux sénateur UMP Charles Pasqua ne devrait pas voter non plus le projet de réforme des institutions. L'ancien ministre de l'Intérieur estime dans un entretien paraissant vendredi dans "France-Soir" que le projet cher à Nicolas Sarkozy "ressemble à une usine à gaz". "Finalement la réforme n'aurait du comporter qu'un seul article: autoriser le président de la République à venir s'exprimer devant les députés et les sénateurs! Tel est le véritable enjeu pour Nicolas Sarkozy qui veut s'inspirer de la tradition américaine", note-t-il.
Le Premier ministre François Fillon assure qu'il ne démissionnera pas si le texte est rejeté faute d'avoir recueilli les suffrages d'au moins trois cinquièmes des parlementaires. "Un gouvernement met en cause sa responsabilité quand sa majorité lui refuse les moyens de fonctionner. Ce n'est pas le cas en l'occurrence (...) Si les défections dans la majorité devaient être importantes, évidemment cela me poserait des questions, mais j'en doute".