TRAITE EUROPEEN

Le "non" irlandais comme un retour de la lutte des classes

13/06/2008

Les Irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne, à plus de 53%. Malgré ce coup d'arrêt, Bruxelles, Paris et Berlin, appellent à poursuivre la ratification. Eléments d'analyse du "non" irlandais.
Les partisans du non sans doute déterminés par des critères socio-économiques. Photo : EFE

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Les partisans du non sans doute déterminés par des critères socio-économiques. Photo : EFE

Comme pressenti en début d'après-midi, le "non" l'a emporté avec 53,4% des suffrages, selon les résultats officiels annoncés vendredi après-midi au lendemain de la consultation en République d'Irlande.

Après le refus des électeurs français et néerlandais en 2005, celui des électeurs irlandais, les seuls en Europe qui se prononçaient directement sur le "mini-traité", porte un sérieux coup à l'Union européenne. Le traité de Lisbonne ne peut en effet entrer en vigueur sans la ratification de chacun des 27 Etats-membres.

Premières réactions

Bruxelles se refusait à enterrer le traité: "ce vote ne doit pas être vu comme un vote contre l'Union européenne", a assuré à la presse le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. "Je crois que le traité est en vie", a-t-il dit, rappelant que 18 Etats membres ont déjà ratifié le traité par voie parlementaire. "La Commission européenne pense que les ratifications restantes doivent se poursuivre."

La France, qui prendra la présidence de l'UE au 1er juillet, et l'Allemagne, ont aussi souhaité dans une déclaration commune que "les autres Etats membres poursuivent le processus de ratification".

Le gouvernement irlandais "accepte et respecte le verdict du peuple", a déclaré M. Cowen, le Premier Ministre, constatant cependant que "cela instaure une incertitude considérable et une situation difficile". "Il n'y a pas de solution immédiate", a-t-il ajouté.

Les partisans du "non" exultaient. Le ministre irlandais des Finances Brian Lenihan a été noyé sous les cris de joie de militants anti-traité alors qu'il tentait de faire une déclaration à la presse dans le plus grand centre de dépouillement de Dublin.

"C'est un énorme camouflet pour l'établishment politique. Cela montre une méfiance massive des gens ordinaires qui travaillent", notait Joe Higgins, unique membre du Parti socialiste au parlement irlandais.

Un clivage socio-économique net

Les premiers résultats montraient que ce sont les électeurs les moins aisés qui ont massivement rejeté le mini-traité, alors que les plus favorisés l'ont massivement approuvé.

Les zones rurales et ouvrières ont quasiment toutes rejetés le traité de Lisbonne, alors que le "oui" a obtenu ses meilleurs résultats dans les quartiers les plus favorisés de Dublin. Dans la banlieue sud de la capitale, un secteur plutôt aisé, le "oui" a obtenu 63%.

Ces résultats vont sans doute relancer le débat sur la démocratie au sein de l'UE et les difficultés de Bruxelles à établir un lien avec les près de 500 millions de citoyens européens.

Le "non" irlandais risque donc de transformer en sommet de crise le prochain conseil européen de la semaine prochaine (20 et 21 juin) à Bruxelles.

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