
10/05/2008
Malgré les ravages causés par le cyclone Nargis, le Myanmar était poussé aux urnes samedi pour un référendum controversé dont l'objectif est de renforcer le pouvoir de la junte. Une semaine après la catastrophe qui a fait des milliers de morts et disparus, le régime n'accepte l'aide étrangère qu'au compte-gouttes.
Imperméable aux critiques de l'opposition et des organisations des droits de l'homme, qui y voient une opération de légalisation du pouvoir militaire, la junte a maintenu la consultation sur une nouvelle constitution malgré le chaos. Même si le scrutin a été reporté au 24 mai dans les régions les plus touchées par le cyclone, dont le delta de l'Irrawaddy et la capitale économique Rangoon.
Dans le même temps, à des fins de propagande et pour faire croire que l'aide vient des militaires, la junte s'est accaparée les premières cargaisons d'aide de l'ONU, qui a néanmoins dépêché trois appareils supplémentaires. Le gouvernement a accepté la venue lundi d'un autre avion-cargo d'aide d'urgence, américain celui-ci. Mais refuse toujours l'entrée aux spécialistes étrangers des catastrophes.
La télévision d'Etat diffuse en boucle des images de cérémonies soigneusement orchestrées, au cours desquelles des généraux, y compris le chef de la junte Than Shwe, distribuent des cartons d'aide aux survivants.
Catastrophe humanitaire
Selon les bilans officiels, le cyclone du 3 mai a fait 23.335 morts et 37.019 disparus, rayant de la carte des villages entiers du delta de l'Irrawaddy. Les agences humanitaires internationales craignent que le bilan dépasse les 100.000 morts.
L'ONU estime qu'entre un million et demi et deux millions de citoyens sont concernés. Pour l'instant, d'après la Croix-Rouge, les responsables des secours n'ont pu atteindre que 220.000 survivants. Une situation aggravée par l'absence sur le terrain de personnels expérimentés et de matériel d'assistance.
De nombreuses ONG attendent toujours les autorisations du gouvernement birman de laisser entrer convois et personnels en plus grand nombre.
Si la junte s'obstine à bloquer l'entrée d'équipes spécialisées, la "deuxième phase", celle de l'explosion d'épidémies, paludisme, diarrhées, choléra, affections respiratoires, pourrait être aussi meurtrière que le cyclone lui-même, faute d'eau potable et à cause de l'accumulation des cadavres, redoute Richard Horsey, porte-parole des opérations humanitaires de l'ONU. C'est une "course contre la montre", dit-il, d'autant qu'on prévoit l'arrivée de nouvelles pluies diluviennes.
Le résultat du référendum aurait déjà été fixé
Pendant ce temps, la junte organise ce qu'elle qualifie de première étape de son "chemin vers la démocratie": le Myanmar vote pour une nouvelle constitution, les généraux affirmant que ce référendum sera suivi en 2010 d'élections générales.
En vertu du projet, 25% des sièges du Parlement seraient réservés à l'armée, à laquelle le président pourrait remettre tous les pouvoirs en cas d'état d'urgence. Il interdirait aussi tout mandat électif à la "dame de Rangoon", Aung San Suu Kyi, dirigeante du mouvement démocratique toujours en résidence surveillée.
Dix-huit ans après les dernières élections dont les résultats ont été rejetés par la junte, quelque 27 millions d'électeurs sont appelés aux urnes sur 57 millons d'habitants. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant deux semaines.
La terreur qu'inspirent les militaires, aux commandes depuis 1962, est si forte qu'on s'attend à peu de "non" sur les bulletins de vote. Selon la rumeur, le résultat du référendum a d'ailleurs déjà été fixé, à 84,6% de "oui".
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