
09/05/2008
Dans une violente démonstration de force du Hezbollah, les militants chiites se sont emparés de la quasi-totalité des quartiers musulmans de Beyrouth, après trois jours d'affrontements avec les partisans sunnites du gouvernement qui ont fait au moins 14 morts et plus d'une vingtaine de blessés.
Les heurts s'étaient apaisés vendredi soir alors que l'armée libanaise commençait à se déployer dans le calme dans certaines zones abandonnées par les militants pro-gouvernementaux.
Le bilan s'est alourdi avec la mort de trois personnes, dont deux alliés druzes du Hezbollah tués dans une fusillade dans la banlieue sud-est de la capitale vendredi soir après la prise de contrôle du Hezbollah.
Un allié du Hezbollah a fait savoir que le groupe entendait se retirer, au moins partiellement, des zones occupées dans la nuit et la matinée de vendredi, laissant entendre que le mouvement chiite pro-syrien ne comptait pas prendre le contrôle permanent de ces quartiers. Mais avec ces affrontements qui ont réveillé une nouvelle fois le spectre de la guerre civile au Liban, le Parti de Dieu semble vouloir prendre l'ascendant après plusieurs mois de crise politique libanaise et de bras de fer avec le gouvernement de Fouad Siniora.
Les responsables sunnite Saad Hariri et druze Walid Joumblatt étant assiégés dans leurs résidences dans l'ouest de Beyrouth, des responsables de la majorité ont tenu une réunion d'urgence dans une localité de la montagne au coeur du pays chrétien au nord-est de Beyrouth, selon la chaîne chrétienne pro-gouvernementale LBC TV.
Après la réunion, ils ont appelé dans un communiqué l'armée à reprendre le contrôle des rues et exhorté les pays arabes et la communauté internationale à faire pression sur les pays qui soutiennent le Hezbollah, soit l'Iran et la Syrie.
Le Hezbollah a manifesté sa puissance avec des actions d'éclat vendredi matin, ses hommes et ceux de son allié du Amal prenant le contrôle de la chaîne Future TV du principal responsable sunnite Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire anti-syrienne. La chaîne a cessé d'émettre dans la matinée sur ordre du Hezbollah.
D'autre part, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a dénoncé vendredi un "coup de force" du Hezbollah à Beyrouth-Ouest, ajoutant qu'une opération d'évacuation des ressortissants français au Liban était en préparation "au cas où".
"Le Hezbollah a conquis presque l'ensemble de Beyrouth-Ouest. Il s'agit, je le répète, d'un coup de force", a déclaré le chef du Quai d'Orsay sur France-Info. "Le retour au calme observé cet après midi est positif mais ne résout rien. On ne peut parler de retour à la normale", a-t-il plus tard précisé dans un communiqué.
Bernard Kouchner a ajouté que la France n'avait pas encore décidé d'évacuer ses ressortissants au Liban, mais qu'elle l'envisageait. "Comment ne pas l'envisager? Nous la préparons, nous ne la conseillons pas", a-t-il expliqué.
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