09/10/2008
Le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio a remporté jeudi le prix Nobel de littérature 2008. L'Académie suédoise salue en lui "l'écrivain de la rupture, de l'aventure politique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante''.
Agé de 68 ans, l'auteur du "Procès-verbal'', de "Désert'' et du "Chercheur d'or'' est le 14e Français à recevoir le Nobel de littérature, accompagné d'un prix de 10 millions de couronnes suédoises (un million d'euros).
Cette distinction intervient par ailleurs trois jours après l'attribution du Nobel de médecine aux chercheurs français Luc Montagnier et Françoise Barri-Sinoussi pour leur découverte du virus du SIDA.
Interrogé par la radio publique suédoise SR, l'écrivain s'est dit "très touché et très ému''. "C'est un grand honneur pour moi. Je remercie avec beaucoup de sincérité l'Académie Nobel'', a déclaré l'écrivain, faisant part de "sa grande impatience'' d'aller à Stockholm.
"C'est un membre de l'Académie qui a téléphoné sur le téléphone de ma femme alors que j'étais en train de lire et on m'a appris cette nouvelle''.
Avec sa femme Jemia, qu'il a épousée en 1975, l'écrivain primé à plusieurs reprises se partage depuis les années 90 entre Albuquerque au Nouveau-Mexique, l'île Maurice et Nice. A la radio suédoise qui lui demandait quel est son pays préféré, il a dit aimer "beaucoup l'île Maurice, parce que c'est la terre de mes ancêtres''. "C'est ma petite patrie, on va dire. L'île Maurice serait l'un des endroits que je préfère au monde''.
Ecrivain francophone ou français ?
A la question de savoir s'il est un écrivain francophone ou français il a dit "ne pas croire qu'on puisse faire la distinction''. "Je suis ni en France, j'y ai fait mes études, mais mon père était britannique, je suis issu d'un mélange comme beaucoup de gens actuellement en Europe''.
Racines à l'île Maurice
Jean-Marie Gustave Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice de parents qui avaient de solides attaches familiales avec l'île Maurice. A l'âge de 8 ans, il est parti avec sa famille habiter au Nigeria, où son père est resté comme médecin pendant la Seconde guerre mondiale.
C'est au cours de la traversée en bateau vers le Nigeria qu'il a commencé sa carrière d'écrivain en composant deux petits livres "Un long voyage'' et "Oradi noir''. Il a grandi avec deux langues, le français et l'anglais, avant de faire des études d'anglais à l'université de Bristol (1958-59) puis à celle de Londres (1960-61) après son baccalauréat (1957).
Enseignant dans plusieurs universités
Titulaire d'un doctorat sur l'histoire ancienne du Mexique à l'université de Perpignan en 1983, il a enseigné dans plusieurs universités -Bangkok, Mexico, Boston, Austin, Albuquerque notamment- et fait de longs séjours au Mexique et en Amérique centrale entre 1970 et 1974.
Son oeuvre
Comme le souligne l'Académie suédoise dans sa notice biographique, son premier roman "Le prochs-verbal'', sorti en 1963, va susciter beaucoup d'attention.
Le Clézio va très tôt se situer comme un écrivain écologiste engagé, ainsi qu'en attestent les romans "Terra amata'' (1967), "Le livre des fuites'' (1969), "La guerre'' (1970) et "Les géants'' (1973).
Sa consécration définitive comme auteur romanesque va intervenir en 1980 avec "Désert'', pour lequel l'Académie française lui décerne un prix. Le livre "contient des images grandioses d'une culture perdue dans le désert de l'Afrique du nord, qui contrastent avec une description de l'Europe vue à travers le regard des immigrants indésirés'', observe l'Académie suédoise.
En parallèle, Le Clézio publie des essais méditatifs -''L'extase¡ matérielle'' (1967), "Mydriase'' (1973) et "Hao'' (1971). Il traduit aussi des grandes oeuvres de la tradition amérindienne, comme "Les prophèties du Chilam Balam''.
"Le chercheur d'or'' va paraître en 1985, traitant du sujet des îles de l'Océan indien dans l'esprit du roman d'aventures, avant que l'attirance de l'écrivain "pour le rêve du paradis terrestre'', observe l'Académie, n'apparaisse au cours des dernières années dans des livres tels que "Ourania'' (2005) et "Raga: approche du continent invisible'' (2006).
Ainsi que le souligne l'Acadimie, le "point central'' de son oeuvre va se déplacer "de plus en plus en direction d'une exploration du monde de l'enfance et de sa propre histoire familiale''. En témoignent "Onitsha'' (1991), "La quarantaine'' (1995), "Révolutions'' (2003) et "L'Africain'' (2004), histoire du père de l'écrivain.
"Ballaciner'' (2007) est l'un des derniers ouvrages de Le Clézio, qui a aussi écrit des livres pour la jeunesse, dont "Lullaby'' (1980) et "Balaabilou'' (1985).
Dernier bulletin météo de Radio Euskadi