08/10/2008
A l'heure où la planète subit le contrecoup des excès financiers de ces dernières années, l'Islande menace de devenir le premier pays à connaître une "faillite nationale". Or ses banques et entreprises ont beaucoup investi dans les économies du reste de l'Europe.
L'Islande, figure de modèle
Jusqu'à une date récente, ce petit Etat nordique de 320.000 habitants faisait figure de modèle, créant rapidement de la richesse malgré sa modeste stature sur la scène internationale. La dérégulation du marché financier national dans les années 1990 a alimenté un boom de la bourse qui a permis aux entreprises et banques islandaises d'investir à tour de bras dans toute l'Europe. Elles ont ainsi conquis des pans entiers de l'économie britannique, des magasins de prêt-à-porter aux équipes de football.
Mais ce succès pourrait paradoxalement provoquer la chute de l'île volcanique. Le secteur bancaire du pays a connu une croissance telle qu'il représente aujourd'hui environ neuf fois le produit intérieur brut (PIB) annuel, d'un montant de 14 milliards d'euros. L'économie autrefois basée sur la pêche en est devenue particulièrement vulnérable aux tourments de la finance. En outre, du fait de la petite taille de l'Islande, banques et entreprises ont pris des participations croisées les unes dans les autres, devenant fortement interdépendantes et faisant craindre un effet "château de cartes" en cas d'effondrement.
Le gouvernement a nationalisé Glitnir
Du coup, lorsque le gouvernement a décidé la semaine dernière de rompre avec l'ultralibéralisme et de nationaliser Glitnir, la troisième banque du pays, en prenant une participation de 75% pour 600 millions d'euros, toutes les grandes agences de notation financière ont immédiatement revu à la baisse la cote des quatre grandes banques et de la dette souveraine de l'Islande. Mercredi, le gouvernement a placé Glitnir sous le contrôle de l'autorité de surveillance.
Et la couronne islandaise s'effondre
Dans ce contexte, la couronne islandaise s'est effondrée, en partie sous l'effet de spéculations pessimistes sur la capacité de la banque centrale, qui dispose seulement de 4 milliards d'euros de réserves en devises étrangères, à se porter au secours de toute autre banque commerciale défaillante après le sauvetage de Glitnir. La Banque centrale affirme pouvoir obtenir un prêt de 4 milliards de dollars de la Russie dans les prochains jours.
En vertu d'une législation d'urgence, le gouvernement a nationalisé mardi Landsbanki, le deuxième établissement bancaire du pays, "pour sauver le pays", a expliqué le Premier ministre Geir H. Haarde, évoquant un risque de "faillite nationale".
Kaupthing, la plus grande banque islandaise, a obtenu un prêt de 500 millions d'euros de la Banque centrale islandaise et, mercredi, la Banque centrale de Suède a annoncé qu'elle garantirait un prêt de jusqu'à hauteur de 5 milliards de couronnes (702 milliards de dollars) à la branche suédoise de Kaupthing pour "préserver la stabilité financière de la Suède et assurer un fonctionnement fluide des marchés financiers".
Londres garantit les dépôts des quelques 300.000 épargnants britanniques chez Icesave, filiale en ligne de Landsbanki
La Grande-Bretagne aussi se mêle de la crise islandaise. Londres a décidé de garantir les dépôts des quelques 300.000 épargnants britanniques chez Icesave, filiale en ligne de Landsbanki qui menace de faire faillite et a suspendu les retraits mardi, mais le Premier ministre Gordon Brown a annoncé mercredi que le gouvernement pourrait lancer des poursuites judiciaires pour récupérer cet argent. Au grand dam du Premier ministre islandais M. Haarde, qui se plaignait récemment du manque de soutien de l'Europe.
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