06/10/2008
"Nous voulons réveiller les consciences générales de l'opinion publique, y compris celles de nos confrères qui sont élus et qui se retrouvent impliqués dans ce dossier de Ligne à Grande Vitesse", ont déclaré Martine Bisauta et Bernard Causse (respectivement élus à la Mairie de Bayonne), Georges Daubagna (Adjoint au Maire chargé de l'environnement à Anglet) et Jakes Abeberry (élu au Conseil Municipal de Biarritz).
Conférence de presse assez exceptionnelle cette après-midi à Bayonne où les voix discordantes sur les projets d'aménagement proviennent habituellement des élus de l'opposition.
Ici, rien de cela : les quatre élus représentent bien la voix majoritaire de leur ville, et plus largement, la voix de la Communauté d'Agglomération de Biarritz-Anglet-Bayonne (la CABAB) dans laquel ils siègent tous les quatre.
"On a eu un débat en interne dans nos propres majorités, et des convergences se sont révélées sur toute la zone, notamment au niveau de la CABAB. Et nos maires ne découvriront pas l'existence de nos déclarations dans la presse demain".
Sujet du jour, comme précisé sur la convocation de presse : "Les conseillers à la CABAB souhaiteraient faire part de leurs réserves sur la contribution de l'agglomération bayonnaise sur le plan de financement de la LGV".
En ligne de mire, la contribution sollicitée par la Région Aquitaine aux collectivités publiques approchées peu ou prou par la construction de nouvelles lignes dites "à grande vitesse" pour permettre le passage plus rapide des TGV.
Les quatre élus n'étaient pas là pour faire part de leur refus du projet, mais le gain d'une heure, qui serait gagné sur le trajet Bordeaux-Paris, résiste mal au "flou" financier qui entoure sa réalisation, pour une facture qui avoisinera 3 milliards d'euros sur le seul tronçon Bordeaux-frontière espagnole.
Cette unanimité qui les regroupait cette après-midi
"Nous refusons cette ligne d'irresponsabilité politique et d'urgence sur des enjeux que nous ne connaissons pas", déclare en préalable Jakes Abeberry, élu abertzale au Conseil Municipal de Biarritz.
"Aucun document - sur l'investissement ou les amortissements - ne nous a été fourni sur un dossier que nous devrions finaliser avant la fin de l'année, pour un projet qui concernera les finances de notre agglomération pour les 50 prochaines années", rajoute Georges Daubagna, Adjoint à l'Environnement d'Anglet, "j'ai envoyé cette demande par écrit au Maire de Bayonne et Président de la CABAB, Mr Jean Grenet, mais je ne suis pas sûr qu'il puisse y répondre dans la mesure où ces documents n'existent pas de façon claire et précise".
Pour Martine Bisauta, Adjointe à l'Environnement à la Mairie de Bayonne, "l'image utilisée par Jean Grenet la semaine dernière a été de dire que nous étions "dans la seringue", c'est à dire que l'on nous a mis dans un piston et qu'on nous pousse, et que la possibilité de dire non à ce projet est quasiment inexistante",
"On n'est pas contre une participation à ce projet mais encore faudrait-il que nous sachions sur quel projet nous allons voter", rajoute Jakes Abeberry.
Le "flou" du projet
"Vous aurez une nouvelle ligne de chemin de fer au Pays basque" est une phrase que ces élus ont entendu souvent, au détriment de réponses qu'ils n'arrivent pas à obtenir.
"C'est quand même une grande première que de demander à des collectivités de s'engager pour des sommes faramineuses et pour 50 ans, alors que rien dans les documents actuels ne précise la localisation, mais également la présence ou non d'une gare LGV dans la communauté bayonnaise", souligne Martine Bisauta. "Et donc, ce que l'on nous demande de comprendre, c'est que l'Etat ne paye plus, mais dirige tout", rajoute-t-elle.
"On est sur une stratégie européenne, sur une ligne Stockhom-Lisbonne, mais l'opérateur de la SNCF et la Région Aquitaine nous présentent les avantages éventuels d'une portion minime du tracé. Or, on le sait, cette LGV servira à un "avion sur rail", ce qui implique que la desserte de notre territoire n'est pas un enjeu prioritaire, au point que rien ne dit que le moindre train concerné par la LGV n'a aucune assurance de s'arrêter chez nous, la grande affaire !", martèle Jakes Abeberry.
Et de développer : "Mais faut-il vraiment qu'il y ait une gare ? Sans parler du saccage de l'environnement ou du coût très élevé de la construction d'une nouvelle gare, ne pourrait-on aussi discuter avec le Pays Basque sud pour savoir si nous ne devrions pas avoir un point nodal commun, comme, à l'avenir, un seul aéroport commun ?"
Le rôle de l'Etat sur ce projet
"Pas un seul TGV actuellement existant en France n'a été financé par une collectivité territoriale. Ce changement des régles du jeu, sollicitant toutes les communes dans la zone, nous ne l'acceptions pas, c'est un coup de bambou !", déclare Jakes Abeberry.
Une affirmation confirmée par Martine Bisauta : "Il n' ajamais été dit lors de l'enquête publique que son financement reposerait sur les collectivités territoriales : cela devait être un montage financier "Etat-Région-Réseau Ferré de France", et c'est tout. Ca ne s'est jamais vu, d'autant plus qu'elles n'ont pas grand chose à dire sur la répartition des contributions demandées".
Le rôle de la Région sur ce projet
"Je ne sais pas à quel moment le Président de la Région Aquitaine a imaginé que les contributions demandées aux communes allaient passer sans difficulté !", confie Martine Bisauta, "aujourd'hui, des collectivités non concernées par ce projet sont concernées par son financement, avec un prévisionnel financier totalement opaque pour un projet qui, on vient de l'apprendre, pourrait finalement faire l'objet de sections souterraines, ce qui triplerait la réalisation !".
"On ne peut pas accepter d'être dans la situation du contribuable-payeur dans tous les cas, sans savoir ce qui va être réalisé, juste comme au poker où on paierait pour voir ? C'est inadmissible !", rajoute l'élu de Biarritz.
L'hypothèse d'un refus
Il ya quelques semaines, le département de la Charente a exprimé son refus de participer financièrement au projet LGV.
"Ce cas de figure est inédit et il va être intéressant. La question que je me pose, c'est que se passerait-il si les élus de Côte Basque Sud disaient non ? Et bien, c'est un cas de figure où, même là, nous n'avons aucune réponse", explique Martine Bisauta.
De l'avis de tous, un refus ne signifierait pas pour autant l'arrêt du projet, mais permettrait sans doute de demander à ce qu'il soit plus "explicite", et que l'on puisse redéfinir son financement.
De nouvelles régles du jeu démocratique ?
Les communes n'ont été consultées que pour des avis : assiste-t-on à une nouvelle autorité de l'Etat, de la Région, assortie pourtant de contraintes financières ?
"Tout d'un coup, on nous impose de nouvelles régles du jeu sur des infrastructures, sous l'autorité d'un Préfet de Région. C'est nouveau et ce n'était pas pas prévu dans le débat démocratique. Alors, nous souhaitons intervenir pour dire que, si c'est nouveau, alors il n'est pas question que ces sujets qui vont rester à la charge des contribuables pendant X annnées restent confinés dans des petits cénacles", conclut Jakes Abeberry.
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