06/10/2008
Plusieurs gouvernements européens ont pris dimanche des initiatives drastiques mais séparées pour venir à la rescousse de banques défaillantes alors même que les quatre plus grosses économies du continent avaient réclamé la veille une réponse coordonnée à la crise financière.
Allemagne et la banque Hypo Real Estate
Après l'Irlande et la Grèce, l'Allemagne à son tour a décidé unilatéralement de garantir de façon illimitée tous les comptes bancaires des particuliers (comptes d'épargne, comptes courants et dépôts à terme), représentant un montant total de 568 milliards d'euros, par crainte d'un mouvement de panique après l'échec du plan de 35 milliards d'euros mis au point par les pouvoirs publics et un consortium de banques pour sauver de la faillite la banque Hypo Real Estate, No2 du crédit immobilier dans ce pays.
Cette annonce du ministère allemand des Finances est intervenue alors qu'une réunion de crise se tenait à Berlin en présence notamment du président de la Bundesbank - banque centrale allemande -, du PDG de la Deutsche Bank - première banque privée du pays -, de responsables parlementaires et gouvernementaux pour tenter de trouver une solution alternative pour Hypo.
La chancelière allemande Angela Merkel a tenu à rassurer ses compatriotes en soulignant que son gouvernement travaillait d'arrache-pied pour tenter de sauver cette banque.
BNP-Paribas prend le contrôle de Fortis
Un autre fleuron de la finance européenne au coeur des préoccupations: la banque belgo-néerlandaise Fortis. Pour 16,8 milliards d'euros, le géant bancaire français BNP-Paribas va prendre le contrôle majoritaire, à hauteur de 75% de Fortis, premier établissement bancaire et principal employeur privé de Belgique, en grandes difficultés à cause de la crise financière.
BNP Paribas reprendra toutes les activités de Fortis en Belgique et au Luxembourg, dont ses activités d'assurance et d'investissement. Toutefois, les gouvernements belge et luxembourgeois détiendront à terme une minorité de blocage.
L'Etat belge va racheter toutes les actions restantes de Fortis Belgique pour 4,7 milliards d'euros, avant d'en revendre, à terme, 75% à la banque française, pour 8,25 milliards d'euros. A terme, il détiendra une minorité de 11,7% chez BNP Paribas, qui devrait jouer comme une assurance pour les 25.000 employés de Fortis en Belgique. Le Luxembourg détiendra 1,4%.
L'objectif de ces tractations marathon étaient de parvenir à un plan de sauvetage de la banque belge avant la réouverture des marchés boursiers lundi matin. Menacée d'insolvabilité en raison d'une crise de confiance de ses déposants, Fortis a vu son action chuter d'environ 70% depuis le début de l'année.
Islande et Grande-Bretagne
En Islande, pays non membre de l'Union européenne, les pouvoirs publics et les dirigeants du secteur bancaire discutaient d'un possible plan de sauvetage des institutions commerciales du pays, particulièrement affectées par la crise du crédit.
En Grande-Bretagne, le chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances) Alistair Darling se disait prêt à prendre des "mesures de grande ampleur" que son gouvernement ne prendrait "pas en temps normal". Ces derniers mois, le gouvernement de Gordon Brown a nationalisé coup sur coup deux institutions financières majeures, les banques Northern Rock et Bradford & Bingley.
Toutes ces initiatives nationales indépendantes semblaient prises dans l'urgence, pour parer à des faillites imminentes ou par crainte de mouvements de panique des particuliers et des investisseurs. Mais apparemment elles ne s'inscrivaient pas dans un projet concerté entre partenaires européens. Pourtant, samedi, lors d'un mini-sommet à Paris, les quatre plus grosses économies du Vieux Continent (Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie) s'étaient mises d'accord pour apporter une réponse coordonnée à la crise.
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