Economie

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Bataille de mots contre les maux de la récession économique

03/10/2008

"Pas de croissance en France depuis le printemps de cette année", affirme l'INSEE ; La France est en "récession technique", minore le Ministre du Budget : 75% des Français estiment qu'on ne leur dit pas la vérité.
Le Premier Ministre français, une voix discordante et inattendue dans le concert des bémols du gouvernement; Photo : EFE

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Le Premier Ministre français, une voix discordante et inattendue dans le concert des bémols du gouvernement; Photo : EFE

Le gouvernement a nié jusqu'à ce vendredi matin que la France soitentrée en récession, malgré les prévisions de l'INSEE faisant état d'un recul de 0,1% du PIB au troisième et au quatrième trimestre 2008, après une première baisse de 0,3% au deuxième trimestre.

Selon la définition généralement admise, la récession est pourtant définie par une diminution du PIB pendant deux trimestres consécutifs.

Le rapport offciel de L'INSEE a donc donné lieu à une passe d'armes entre analystes et responsables du gouvernement français. Pour le Ministre du Budget, Eric Woerth, il y avait effectivement une définition "technique et statistique" de la récession, et puis il y aurait "la réalité des choses".

S le ministre reconnait ce matin que le pays est en "récession technique" après deux trimestres de "croissance négative", il a toutefois souligné que, sur l'ensemble de l'année en cours, la croissance du PIB sera de 1 %, un argument qu'il avait utilisé dans un premier temps pour démentir qu'une récession avait lieu.

Soumis à ce jeu de ping-pong verbal, 75% des personnes interrogées estiment, dans un sondage publié aujourd'hui par Opinion Way, que les banques et le gouvernement mentent ou dissimulent des informations au sujet de la crise actuelle.

Pour l'INSEE, l'économie française est entrée dans la définition de la récession

L'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) a publié hier ses prévisions qui concluent que le PIB devrait décroître de 0,1% à la fois au troisième et au quatrième trimestre 2008, après une première baisse de 0,3% au second trimestre.

"Il n'y a pas de croissance en France depuis le printemps de cette année", a observé Eric Dubois, chef du département de la conjoncture de l'INSEE lors d'une conférence de presse.

Se refusant toutefois à employer le terme de récession, Eric Dubois a indiqué qu'il s'agissait d'une "prévision portant sur une diminution très modérée du PIB".

Au premier trimestre, le produit intérieur brut avait enregistré une croissance de 0,5%, ce qui permet de porter la prévision de croissance à 0,9% pour l'ensemble de l'année, précise l'INSEE, qui tablait encore en juin dernier sur une croissance de 1,6% en 2008. "Notre prévision est assez proche de ce qu'a annoncé le gouvernement", a constaté M. Dubois. La ministre de l'Economie Christine Lagarde avait évoqué en septembre une croissance "autour de 1%" pour l'année 2008.

Ce chiffre de 0,9% repose sur l'hypothèse que les turbulences financières ne s'aggravent pas et que les ménages et les entreprises ne doivent pas faire face à un durcissement trop marqué des conditions de crédit, précise l'INSEE dans son point de conjoncture.

De nouvelles définitions économiques convoquées en urgence

C'est effectivement une définition "technique et statistique de la récession", a réagi le ministre du Budget Eric Woerth, "et puis il y a la réalité des choses", a-t-il souhaité tempérer.

"Le ralentissement est fort" et "la crise est évidemment très importante", mais ""1% de croissance, ce n'est pas une récession, c'est une très faible croissance".

Son collègue Luc Chatel (Industrie et Consommation) a également jugé que la France "ne sera pas en récession" en 2008 "puisque globalement nous devrons être aux alentours d'1% de croissance". Il a toutefois convenu qu'on "est dans une situation économique difficile".

A l'inverse, si le prix du pétrole poursuit sa décrue, le PIB français pourrait croître plus fortement que prévu, ajoute l'Institut.

Les mots de la crise

Les Français pensent à une large majorité que Nicolas Sarkozy et le gouvernement, ainsi que les banques, ne disent pas la vérité sur la crise financière, selon une enquête OpinionWay pour LCI et Le Figaro à paraître vendredi.

D'après ce sondage, 75% des personnes interrogées estiment que les banques mentent ou dissimulent des informations au sujet de la crise actuelle. Le constat est le même pour le président de la République (66%) et pour le gouvernement (67%).

Les prévisions de l'INSEE

Le taux de chômage devrait remonter à 7,4% à la fin de l'année en France métropolitaine, avec 52.000 emplois en moins au cours du second semestre 2008.

L'emploi marchand non agricole, en particulier, devrait perdre plus de 100.000 postes au second semestre. Toutefois, sur l'ensemble de l'année, il devrait y avoir plus de créations d'emploi que de pertes, grâce à la progression de 89.000 postes observée au premier semestre, explique l'INSEE.

Le pouvoir d'achat des ménages va encore reculer de 0,4% au second semestre, comme au premier, selon les prévisions de l'INSEE, qui note qu'il sera en outre pénalisé par la faiblesse du marché du travail, ce qui aboutira à une stagnation de la consommation.

De même, l'investissement des entreprises, qui s'est nettement replié au deuxième trimestre 2008, devrait encore baisser légèrement jusqu'à la fin de l'année, selon l'INSEE. Il progresserait ainsi de 2,4% sur l'ensemble de l'année, contre 7,3% en 2007.

La seule bonne nouvelle pourrait se trouver du côté de l'inflation, qui devrait baisser au second semestre, se repliant à 2,4% grâce au recul du prix du pétrole et des produits alimentaires, explique l'INSEE.

L'opposition manifeste son refus des apparences

Le Premier secrétaire du PS a réclamé l'organisation d'un débat au Parlement sur la crise financière. françois Hollande a accusé le gouvernement d'avoir "sous-estimé" depuis un an "l'impact de cette crise sur l'économie réelle".

En réponse, le Premier Ministre François Fillon s'est démarqué légèrement du Chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, en n'excluant pas totalement l'hypothèse d'un plan de relance. "Si l'activité venait à reculer fortement et durablement, je n'hésiterais pas à prendre les mesures nécessaires pour la soutenir", avait dit le chef de l'Etat.

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