Société

UN OS DANS LE JAMBON

La politique du "Présumé coupable" en échec au Pays Basque nord

28/09/2008

Concluant une semaine vécue douloureusement au Pays basque nord, la démonstration de force de Batasuna hier aura prouvé à l'Etat français que sa politique de confrontation avec la nation basque est contre-productive.
La manifestation de Batasuna a mobilisé plus de 2.000 personnes à Bayonne samedi 27 septembre. Photo : EiTB

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La manifestation de Batasuna a mobilisé plus de 2.000 personnes à Bayonne samedi 27 septembre. Photo : EiTB

Il existe un adage populaire ici qui dit que, "dans n'importe quel endroit du monde on peut toujours trouver un Basque".

Cette semaine d'interpellations au Pays Basque nord aura permis de rendre visible un glissement du sens de cette maxime sur la diaspora : tout s'est effectivement passé comme si, pour l'Etat français, existait le sentiment que "dans n'importe quel Basque on peut toujours trouver un terroriste".

Les arrestations se sont donc multipliées mais le bilan n'est pas brillant :
- six personnes arrêtés du côté de St Jean Pied de Port lundi : toute relâchées le soir même ;
- quatorze militants de Batasuna arrêtés à partir de mercredi : toute relachées trois jours plus tard ;
- quatre responsables du bar Kalaka arrêtés il y a un an : samedi, la remise en liberté de Cédric Garay annonce celles, imminentes, de ses trois autres compagnons.

Toutes ces personnes ont été remises en liberté, sans qu'aucune charge n'ait été retenue contre eux.

Mais le sentiment d'incompréhension et de colère a gagné chacun des villages concernés par la mise en détention de chacun d'entre eux ; chaque structure associative, syndicale, professionnelle a nourri dans ces moments-là le rejet des dispositifs policiers mis en place : spectaculaires et disproportionnés.

Début septembre, la venue de François Fillon à Bayonne avait déjà alimenté ce même sentiment que l'Etat français "se méfie" des Basques et envoie la grosse cavalerie à chaque fois qu'un de ses représentants s'en approche.

Cette méfiance (pour ne pas ré-employer le terme de "peur" exprimé par les représentants de Batasuna) a trouvé sa limite.

La présomption d'innoncence se traduirait par "Présumé coupable" pour les Basques

Penser que, une fois à l'intérieur du "camp ennemi", on trouvera de toute façon de quoi légitimer après coup ces démonstrations de force policière : cette logique n'a plus d'avenir.

Samedi, de mémoire de Bayonnais, nous n'étions pas sûrs d'avoir dénombré autant de manifestants pour les retraites, pour le pouvoir d'achat ou pour les écoles.

Samedi, de mémoire de citoyens basques, nous n'étions pas sûrs d'avoir déjà entendu des représentants de l'UMP, du Parti Socialiste ou des Verts s'indigner du sort réservé à Batasuna.

Samedi, Xabi Larralde, le porte-parole de Batasuna, n'était peut-être pas sûr de s'être adressé à Bayonne devant autant de personnes venues naturellement dans le cortège pour l'écouter.

Le temps du dialogue

En euskera, puis en français, Xabi Larralde aura expliqué ce que la confrontation systématique cache de la lumière, ce que les à-prioris gâchent de la compréhension de l'autre.

Il n'aura eu aucun mal à se faire comprendre lorsqu'il a cité ces exemples de bars associatifs fermés parce qu'ils "financeraient la mouvance abertzale" ; cette tentative de Chambre d'Agriculture alternative combattue sans même en percevoir la réflexion sur de nouvelles pratiques environnementales, que le gouvernement français met pourtant en lumière ailleurs depuis le Grenelle.

Cette semaine aura donc accentué en profondeur ce sentiment d'un rejet systématique du dialogue par l'Etat français.

Les 2.000 manifestants de samedi ne sont pas tous militants de Batasuna : mais leur nombre affirmait qu'ils refusaient d'être considérés comme des "terroristes en puissance".

Le Pays Basque ne peut plus être seulement décrit par "le tourisme et ses produits de qualité" ; par "le rugby et les chants de 3ième mi-temps" : ou par ses "arrestations dans le milieu basque proche de l'ETA".

Car sinon, il faudra s'attendre à ce que "dans n'importe quelle interpellation on trouve toujours un Basque pour la dénoncer".

garbisu_ramuntxo@eitb.com

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