Société

IL A ANNONCÉ SON DÉPART

Robert Ménard quitte Reporters sans Frontières, mais pas le combat

26/09/2008

Le charismatique et bouillonnant fondateur de Reporters Sans Frontières a démissionné aujourd'hui de la présidence de cette organisation de défense des droits de la presse qu'il a créé il y a 25 ans "avec deux potes".
Le combat de RSF pour les Droits de l'Homme au Tibet lui aura conféré une aura internationale. Photo : EFE

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Le combat de RSF pour les Droits de l'Homme au Tibet lui aura conféré une aura internationale. Photo : EFE

Près de vingt ans après l'avoir dirigée, Robert Ménard quitte la tête de Reporters sans frontières, cédant son poste de secrétaire général à Jean-François Julliard, annonce vendredi l'association de défense des journalistes.

"J'ai pris cette décision au moment où tout va bien pour Reporters sans frontières: jamais notre organisation n'a été aussi présente dans le monde", assure Robert Ménard, 55 ans, dans un communiqué. "Ses équipes, sa notoriété, son assise financière assurent son indépendance et son efficacité".

Il souhaite que Jean-François Julliard fasse de RSF "une organisation toujours plus efficace pour défendre nos confrères maltraités, torturés, emprisonnés et, plus généralement, cette liberté de la presse sans laquelle il n'y a pas de liberté".

Son devenir après ce départ

Interrogé par Libération, il confie partir de RSF avec "une boule au ventre".

"C’est une angoisse pour moi. Je ne le sais pas précisément. Je pense que je vais me consacrer davantage à Média, une revue qui existe depuis quatre ans. On a également lancé une maison d’édition qui s’appelle Mordicus. Mais ce ne sont pas des occupations à plein-temps. J’ai envie de faire quelque chose dans la presse ou dans les droits de l’homme. En tout cas, je veux m'engager de nouveau pour défendre une cause.

Un parcours parsemé de coups de gueules contre les cas de censure dans le monde

Robert Ménard avait été élu, pour un nouveau mandat de cinq ans, le 24 mars 2006. Il a été fait vendredi président d'honneur de l'association, dont il reste "simple militant".

Devenu journaliste à la fin des années 70, travaillant dans la presse écrite puis à la radio, il avait fondé Reporters sans frontières en 1985 à Montpellier et en était devenu le secrétaire général en 1990. M. Ménard a notamment reçu en 2005 au nom de RSF le prix Sakharov décerné par le Parlement européen.

Son successeur Jean-François Julliard, 35 ans travaille à RSF depuis 1998. Après un DESS de journalisme, il est devenu chercheur pour l'Afrique, puis responsable de la recherche de l'ONG en 2004. "Les urgences ne manquent pas", a-t-il déclaré. "Moussa Kaka emprisonné au Niger, l'Afghanistan ou le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme: nos priorités iront vers toujours plus d'efficacité", a-t-il promis.

L'action très médiatisée de RSF au moment des Jeux Olympiques de Chine avait contribué à en faire l'une des organisations de défense des droits de l'homme les plus célèbres dnas le monde.

Brefs repères des actions de RSF

Adepte des opérations coup de poing

Robert Ménard fut un adepte des opérations coup de poing, médiatiques mais toujours pacifiques.

Après le début des émeutes au Tibet sévèrement réprimées par Pékin en mars 2008, il appelle les chefs d'État à boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin.

Fin mars, il perturbe l'allumage de la flamme olympique à Olympie en brandissant un drapeau représentant les anneaux olympiques sous forme de menottes. Quelques jours plus tard, les trublions de RSF, qui déploient le désormais célèbre drapeau noir sur les plus célèbres monuments parisiens, transforment le passage de la flamme dans la capitale française en véritable fiasco et provoquent l'ire de Pékin.

Douze heures pile avant l'ouverture des JO, l'organisation réussit un coup d'éclat en piratant une fréquence FM à Pékin pour évoquer la liberté d'expression en Chine, alors que Robert Ménard qualifie la participation de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d'ouverture de "capitulation en rase campagne".

Cuba, la Tunisie - dont il se fait refouler en 2005 à l'occasion du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) - et la Syrie font aussi partie de ses cibles régulières. Le 14 juillet dernier, il est interpellé lors d'une manifestation contre la présence du président syrien Bachar al-Assad à l'occasion du défilé de la Fête nationale.

Il a aussi mis sa capacité de mobilisation en faveur de la libération de trois journalistes et des membres de l'association l'Arche de Zoé, emprisonnés au Tchad pour avoir voulu faire venir illégalement des enfants en France à l'automne 2007, ou de celle de la journaliste de Libération Florence Aubenas, retenue en otage en Irak en 2005.

"Si on n'en parle pas, ça n'existe pas" est un leitmotiv de RSF, qui publie chaque année un rapport annuel et plus de mille communiqués pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse et aux droits de l'homme en général.

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