22/08/2008
L'avion, un MD-82 de la compagnie espagnole Spanair en partance pour les Canaries avec 172 personnes à bord, s'est écrasé lors du décollage, sortant de piste en dérivant sur la droite avant de se disloquer et de s'embraser immédiatement.
Le biréacteur chargé de kérosène pour rallier Las Palmas s'est transformé en boule de feu.
On ne compte que 19 rescapés.
Les images filmées par l'autorité aéroportuaire de Madrid, l'AENA, ne confirment pas les déclarations de témoins faisant état de l'explosion d'un des réacteurs du MD-82 peu avant le décollage.
Un premier incident de surchauffe de prise d'air
Selon la compagnie Spanair, le pilote du MD-82 avait signalé avant une première tentative de décollage une surchauffe sur une prise d'air à l'avant de l'appareil, sous le poste de pilotage. L'avion, qui roulait sur les bretelles d'accès à la piste d'envol, a regagné son point de stationnement.
Les techniciens de Spanair ont corrigé le problème en désactivant la jauge ayant détecté la surchauffe. Cette jauge ne figurait pas sur la liste minimum des équipements dont le fonctionnement est obligatoire, a ajouté jeudi un porte-parole de Spanair, Javier Mendoza.
Ce problème technique était "isolé" et "l'appareil a été autorisé à voler conformément aux normes fixées par le manuel d'entretien", a-t-il fait valoir.
Une explication insuffisante
Une panne d'un des moteurs au décollage n'aurait pas suffi à lui seul pour provoquer l'accident, estime le Directeur de l'Aviation Civile. Les biréacteurs, poursuit cet expert, peuvent voler sur un seul moteur et les pilotes sont formés à une telle éventualité. "Je ne suis pas certain que le moteur soit tombé en panne", dit-il d'ailleurs.
Ce MD-82 "avait des problèmes avec son moteur gauche depuis un mois, il n'était pas en bon état pour voler, mais Spanair n'a pas les moyens de le remplacer", a déclaré Javier Fernandez Garcia, coordinateur des vols de la compagnie Air Comet à l'aéroport de Barajas.
José Maria Vazquez, pilote de Spanair, a toutefois déclaré à El Pais: "Attribuer l'accident à la situation de la compagnie est une énormité".
Vives critiques sur d'éventuels manquements à la sécurité de l'avion
La compagnie Spanair, qui traverse actuellement une mauvaise passe financière et avait annoncé un vaste plan de restructuration, fait l'objet de vives critiques. La presse espagnole, citant des membres du personnel, a fait état de défaillances dans l'organisation et le fonctionnement de cette filiale du transporteur scandinave SAS.
D'anciens pilotes de MD-82 ont toutefois déclaré douter que la défaillance signalée par Spanair puisse être à l'origine de la catastrophe. Seule l'analyse détaillée des boîtes noires enregistrant les données de vol et les conversations dans le poste de pilotage permettra d'en savoir plus.
L'enquête technique, qui devrait durer plusieurs mois, pourra également s'appuyer sur les images vidéo filmées par l'AENA.
La nature de l'avion
Biréacteur court-moyen courrier à couloir unique, le MD-82, conçu au début des années 80 est une version allongée et modernisée du DC-9. Construit par McDonnell Douglas absorbé depuis par Boeing, le MD-82, reconnaissable à ses réacteurs situés à l'arrière, a connu un grand succès commercial.
De nombreux exemplaires de cet appareil considéré comme fiable mais vieillissant sont encore en service dans de nombreuses compagnies du monde entier.
Toujours une vive émotion en Espagne
Trois jours de deuil ont été décrétés mercredi. Selon la liste des passagers rendue publique par la Spanair, 22 jeunes enfants, dont deux bébés, se trouvaient parmi les 172 occupants de l'appareil.
"Le pays se sent encore plus touché", note le Dr Paco Duque, psychiatre de l'hôpital Gregorio Maranon à Madrid.
"C'est encore plus traumatisant lorsque cela arrive à un enfant, parce que c'est contre nature. Le sentiment d'impuissance est beaucoup plus fort", résume-t-il.
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