26/06/2008
Lundi soir, le Chef de l'Etat sera l'invité sur France 3 d'une édition spéciale du 19/20, en direct sur le plateau du Journal.
La liste des sujets à ne pas évoquer est dans l'esprit de chacun des journalistes invités... à l'écouter.
Ne nous fâchons pas
Plus personne ne s'émeut aujourd'hui des critiques ou des attaques que subissent des organismes nationaux comme l'INSEE (dont les prévisions économiques ont été jugées bien "pessimistes" par la Ministre de l'Economie) ou l'AFP (le 7 mai dernier, l'Agence France-Presse était accusé de "censure" pour n'avoir pas diffusé un communiqué de l'UMP, quelques heures après une mise en cause de plusieurs médias par Nicolas Sarkozy).
Regrettant que sa vie privée soit plus commentée que ses multiples réformes, Nicolas Sarkozy se sent parfois plus mal à l'aise que souhaité dans ce rôle schizophrénique. En avril dernier, à la faveur d'un mini-remaniement, la nomination de Thierry Saussez, un ex-publicitaire, comme "Délégué Interministériel à la Communication et Directeur du Service d'information du gouvernement", correspondait à cette volonté de veiller à la "coordination des actions d’information et de communication du Gouvernement".
Hier après-midi, à la réception du projet Copé sur la suppression de la publicité à la télévision publique, Nicolas Sarkozy surprend son auditoire (et au-delà) en annonçant un nouveau caprice : le Chef de l'Etat devrait avoir la possibilité d'imposer la personne de son choix à la tête du puissant média national France Télévisions.
Cette décision, si elle déclenche aujourd'hui l'incrédulité et la méfiance jusque dans son propre camp politique, renvoie, sans contestation, à une certaine tradition de la télévision d'Etat (l'ORTF) combattue en mai 1968 : elle ressemble également à l'agacement d'un homme politique qui bave de jalousie devant l'aisance d'un Silvio Berlusconi pour s'assurer de son image tous les soirs au journal télévisé de 20h.
En s'attirant les bonnes grâces des chaînes privées via l'attribution exclusive du marché de la publicité audiovisuelle, puis en tenant les rênes du service public : l'espace de contestation s'est désormais réduit dans des proportions considérables.
Mais cela n'est pas suffisant...
Le gouvernement français tente une Second Life
Tout le monde en convient : la campagne Internet du gouvernement vis à vis des mesures concernant le pouvoir d'achat est une proposition naturelle qui correspond à la logique de communication de notre époque.
Le coût de l'opération (4,3 M d'€) semble moins contestable (tous les gouvernements, quels qu'ils soient, n'ont pas lésiné sur les moyens) que la réalisation à proprement parler du site : on peut en effet douter de l'impact de ces pages ennuyeuses qui, les unes après les autres, doivent nous donner une lecture pédagogique des mesures du gouvernement. Et l'incorporation des 5 spots de pubs, quasiment identiques, n'en font pas pour autant un site "sexy" et attirant.
Il n'est pas sûr que le message gouvernemental soit mieux intégré par les citoyens français (du moins, ceux qui ont Internet) : toujours est-il que, au grand soulagement des politiciens en place, le message de Matignon pourra enfin être développé sans être coupé ou interrompu.
Un luxe, pour un Chef d'Etat dont les colères homériques lors des élections présidentielles de mai 2006, résonnent encore dans les couloirs des journaux télévisés. Surtout ceux de France Télévisions...
Une nécessité, dans un monde où Nicolas Sarkozy a dû s'occuper lui-même de la mise à l'écart de Patrick Poivre d'Arvoir, considéré pourtant comme le plus populaire des présentateurs de journaux télévisés : avoir comparé Nicolas Sarkozy à un "petit garçon" aura été une erreur plus impardonnable que son inoubliable vraie-fausse interview de Fidel Castro quelques années auparavant...
Tout serait une question de perception
Les efforts du Chef de l'Etat pour asseoir son image, c'est à dire son autorité, permettent de mesurer son agacement. Chaque jour qui pointe lui apporte son lot de consternation :
- le jour où sa majorité répond aux attaques sur le coût de la campagne sur le pouvoir d'achat et tente de le minimiser, l'annonce du dé-remboursement possible de certains médicaments pour les malades atteints d'une affection de longue durée couvre annule tout effet positif de son initiative ;
- le spectacle sans doute désolant d'un Sénat qui dynamite la réforme constitutionnelle (en y supprimant par exemple les nominations honorifiques du Président à la fin de son mandat), d'une majorité qui se déchire sur le Grenelle, d'un Conseil de Ministres qu'il a dû restreindre en "task force" de sept pour pouvoir imposer son projet politique ;
- ces sondages qui, de mois en mois et quelque soient ses efforts, continuent de l'accabler, avec ces 71% de sondés qui pensent que Nicolas Sarkozy n'aura aucune influence réelle sur l'Union Européenne ; ce taux d'impopularité encore dépassé le mois dernier selon Ipsos.
Et ce sondage qui peine un peu à l'encourager : 3% des Français jugent sa politique économique "très bonne"...
C'est mieux que rien, non ?
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