Economie

PLAN DE REDRESSEMENT

Possible réforme de la prise en charge des maladies graves

24/06/2008

Le directeur de l'Assurance-maladie a provoqué un tollé général, en préconisant de ne plus rembourser qu'à hauteur de 35%, au lieu de 100%, certains médicaments pour les malades atteints d'une affection de longue durée.
Possible réforme de la prise en charge des maladies graves. Photo: EFE

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Possible réforme de la prise en charge des maladies graves. Photo: EFE

"Logique anti-sociale", "déclaration de guerre", "provocation": le directeur de l'Assurance-maladie Frédéric Van Roekeghem a provoqué mardi un tollé général des associations de malades, organisations de médecins, partis de gauche ou encore syndicats, en préconisant de ne plus rembourser qu'à hauteur de 35%, au lieu de 100%, certains médicaments pour les malades atteints d'une affection de longue durée (ALD).

Selon le directeur de l'Union nationale des caisses d'assurance-maladie (UNCAM), les mutuelles rembourseraient le reste, avec le risque d'une hausse des cotisations pour les assurés. Sa proposition concerne les médicaments à vignette bleue, dont le service médical n'a pas été reconnu comme majeur.

Marchant sur des oeufs, le gouvernement jure que les malades continueront à être pris en charge à 100%, sans fermer la porte à cette proposition. "C'est une proposition, elle mérite d'être étudiée", a jugé Roselyne Bachelot lors du 20h de France-2, annonçant une réponse sur les mesures proposées "vers le 15 juillet".

La proposition consisterait à "transférer aux mutuelles à peu près pour 250 millions d'euros de ces médicaments", a expliqué Mme Bachelot. Mais il n'y a "aucune raison que les mutuelles augmentent puisqu'en même temps on baisse le prix des médicaments", a-t-elle estimé. Quant aux "8% des malades qui n'ont pas de mutuelle", ils "seraient pris en charge et accompagnés".

Dans un entretien dans "Les Echos" de mardi, M. Van Roekeghem propose également de revoir les conditions d'entrée dans le dispositif ALD permettant une prise en charge à 100%. Parmi les ALD figurent actuellement une liste d'une trentaine d'affections, comme le cancer, le diabète, les maladies de Parkinson ou d'Alzheimer, la sclérose en plaques ou l'hypertension artérielle, ainsi que d'autres maladies graves évolutives ou invalidantes.

Réactions

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Dans un communiqué diffusé mardi, MG-France, premier syndicat de médecins généralistes, "dénonce la provocation du directeur de l'Assurance-maladie". "A quoi sert-il de payer en impôts et cotisations la Sécurité sociale, si même les plus malades ne sont plus couverts?", interroge MG.

"En France, 7,4 millions d'assurés sociaux, dont l'âge moyen est de 61 ans, sont atteints d'une ALD", rappelle de son côté la Confédération médicale hospitalière (CMH), pour laquelle "les déclarations du directeur de l'UNCAM sonnent soit comme un tocsin soit comme une provocation". Pour la CMH, "il remet en cause le pacte de solidarité face à la maladie et clairement organise la privation de soins".

Plus mesuré, Michel Chassang, président de la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français), a jugé la mesure envisagée sur les vignettes bleues "possible mais à une condition qu'elle soit accompagnée d'un plan social (...) pour s'assurer que tous les Français aient bien une couverture complémentaire qui prenne en charge ce différentiel". Sans cela, la mesure serait "très injuste", a-t-il jugé sur France-Info.

Du côté des associations de malades, Act Up parle de "déclaration de guerre" et estime que "la fin de la prise en charge à 100% des ALD confirmerait la mort de l'Assurance-maladie". Pour l'association de lutte contre le Sida, "Eric Woerth a beau démentir, nous ne sommes pas dupes: il s'agit bien là d'un ballon d'essai pour aller un cran plus loin dans le démantèlement des droits des malades".

"Le gouvernement s'attaque aux soins des personnes âgées et des malades gravement atteints", dénonce de son côté le Parti socialiste. Pour le PS, "cette annonce met en cause l'égalité devant la santé, la politique de santé publique, et va réduire encore le pouvoir d'achat des plus fragiles".

"Si ces annonces devaient se traduire en mesures concrètes", estime enfin la CGT, "elles auraient des conséquences assurément néfastes pour les malades atteints de pathologies lourdes", écrit le syndicat qui parle de "propositions (...) insupportables".

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