Société

LANGUE BASQUE

Le Sénat dit "non" aux langues "régionales" dans la Constitution

18/06/2008

Suivant l'avis de l'Académie française, un avis qui a suscité une forte polémique et un profond malaise, le Sénat a refusé mercredi d'inscrire la reconnaissance des langues "régionales" dans la Constitution.
Le 22 mai, l'Assemblée nationale avait décidé à la quasi-unanimité d'ajouter au premier article de la Constitution une phrase stipulant que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Nation. Photo: EiTB

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Le 22 mai, l'Assemblée nationale avait décidé à la quasi-unanimité d'ajouter au premier article de la Constitution une phrase stipulant que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Nation. Photo: EiTB

Le Sénat a refusé mercredi d'inscrire la reconnaissance des langues "régionales" dans la Constitution, rejetant ainsi l'avis du gouvernement et la disposition votée en ce sens par les députés.

Les députés avaient adopté le 22 mai dernier un amendement au projet de loi sur la réforme des institutions visant à inclure dans la Constitution les langues "régionales". "Les langues régionales appartiennent" au patrimoine de la France, stipule cet amendement voté à une quasi-unanimité.

Avec 216 voix contre 103 les sénateurs ont adopté aujourd'hui un amendement supprimant cette référence aux langues "régionales", une référence que les députés voulaient ajouter au premier article de la Constitution.

La suppression a été votée par la majorité UMP, les communistes, les radicaux et quelques sénateurs PS. La majorité du Parti socialiste, les Verts et quelques UMP ont voté contre.

L'Académie française contre les langues "régionales"

Cette suppression suit la réaction sans précédent de l'Académie française qui avait demandé lundi le retrait de l'article, en considérant que la reconnaissance des langues régionales porte, selon elle, "atteinte à l'identité nationale".

La déclaration des académiciens a suscité une forte polémique, surtout parmi les agents socio-culturels et institutionnels qui se dédient au développement, protection et promotion des langues régionales. L'Institut d'Etudes Catalanes a exigé mercredi une rectification de la part de l'Académie française. De même, Beñat Oiarzabal, vice-président de l'Académie de la langue basque Euskaltzaindia, a qualifié cette déclaration de très agressive, tout en regrettant le mépris et l'hostilité existant en France vis-à-vis des langues "minoritaires".

Max Brisson (UMP), président de l'Office Public de la Langue Basque (OPLB), considère de son côté que la position de l'Académie française est le résultat d’une longue histoire jacobine et centralisatrice. "Cette réaction montre aussi la profonde méconnaissance des langues régionales et de ce que contiennent les votes des députés."

Le nombre de bilingues en Pays Basque nord est en baisse

Le refus du Sénat de reconnaître les langues "régionales" ne favorisera certainement pas le développement, le maintien et la transmission des langues minorisées (catalan, basque, breton, flamand, etc. etc.) en France, et ne fera que renforcer la pénible situation dans laquelle se trouvent de nombreuses langues minorisées. Sans aller plus loin, il suffit de voir le cas du basque en Pays Basque nord.

Le Gouvernement de la Communauté autonome basque a présenté mercredi les résultats d'une enquête sociolinguistique démontrant que le nombre de bilingues en Pays Basque nord (Iparralde) est en baisse, alors qu'en Navarre et en Pays Basque sud, le nombre est en hausse. Cette différence est sans doute intimement liée aux différences entre les politiques linguistiques menées par les autorités des différents territoires.

La décision du Sénat risque d'augmenter davantage la baisse du nombre de locuteurs bilingues.

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